Marzo

gocce di marzo

Amoroso e ventoso

Il giorno

1

il sole si leva alle

6.35

e tramonta alle

17.50

11

6.18

18.02

21

6.01

18.14

          Dal 1° al 31 la durata del giorno aumenta di 1 ora e 26 minuti.

Alle  8.35 del giorno  20 il sole esce dalla costellazione dei Pesci ed entra in quella dell’Ariete.

Nei campi si completa la concimazione e si erpica ancora il grano, se necessario; se il gelo ne ha scoperto le radici, si rulla il terreno. Si seminano l’erba medica,  le barbabietole, il granoturco, il tabacco (questo in letto caldo o semicaldo) e le patate (a fine mese e in terreno letamato).

———-

Dal “Trattatello agrario-igienico ad uso delle scuole popolari d’Italia”
del sacerdote don Vincenzo Angelici
stampato presso la Tipo-litografia di Luigi Cardi di Ascoli Piceno nel 1885:

DELL’ARIA ATMOSFERICA (Capo secondo) – segue:

    74. La respirazione degli animali e la combustione in quella che dànno dell’acido carbonico, consumano gran quantità di ossigeno.

75. A mano a mano che l’ossigeno diminuisce nell’aria di un dato luogo, essa vi diviene malsana; e però giova 1° non far uso se non con molta cautela de’ caldani, detti bracieri, pel riscaldamento delle stanze; 2° aver queste assai ampie per dormire o trattenervisi, sopratutto se vi si  adunano più persone; 3° rinnovarne l’aria di tempo in tempo o, meglio, stabilirvi un ventilatore permanente.

76. Nè pure è  cosa salutare il far ardere per più ore in una stanza da letto una lucerna a olio o una candela, e poi coricarvisi senza rinnovarne l’aria; perocchè e l’una e l’altra consumano poco a poco assai ossigeno, se bene, in parità di tempo, la lucerna ne consumi un volume tre o quattro volte maggiore.

77. Questi effetti della combustione sono assai più a temersi, quando ciò che brucia, sia lucignolo sia carbone ecc, è  in sullo spegnersi; perciò che in tal tempo si  forma nell’aria l’acroleoina, sostanza venefica, che spesso cagiona mal di nervi, asfissia e per sino la morte.

78. Apporta pure grave nocumento alla salute il  fumare, ne’ luoghi chiusi, la foglia di tabacco; perchè il  suo fumo contiene sempre elementi tossici, tra quali la nicotina ch’è un veleno de’ più potenti.

79. Nelle stanze da bigliardo, caffè, lettura ecc., ove sono adunate per ore ed ore molte persone, ben presto l’aria si rende nociva; non è quindi giovevole alla salute il convenirvi nè lo starvi lungo tempo, in ispecie, se vi si fuma tabacco, o bruciano altre sostanze vegetali.

80. Per  conservare innocua, in ogni tempo, l’aria di queste stanze fa mestiere collocarvi de’  ventilatori che la rinnovino del tutto, almeno ogni mezz’ora, ovvero delle cassettine di carbone e calce viva, ridotti in polvere; chè questa assorbe l’acido carbonico e l’umidità, e quello le esalazioni mefitiche.

81. Nella fredda stagione poi torna più salutare, pel riscaldamento delle stanze, l’uso de’  tubi conduttori del calore o, meglio, di caminetti, in cui brucino legna secche; stantechè in questi per le due correnti d’aria, calda e fredda, che si formano, non si ha a temere che la combustione riesca di nocumento alla salute come nell’uso de’ caldani.

82. Per le cose dette i coltivatori devono porre ogni studio nell’avere le stalle delle bestie assai ampie e ventilate mediante aperture su i muri di settentrione, levante e mezzogiorno; le quali bastino a conservar l’aria nella sua igienica composizione.

83. Si è provato, infatti, che nelle stalle, in cui l’aria atmosferica non è in gran copia nè del  continuo rinnovata, gli animali menano una vita stenta e punto appariscente, perchè poche sostanze si assimilano delle molte che mangiano.

84. In quelle invece, nelle quali l’aria atmosferica abonda, le bestie, a parità di governo, vengon su belle, nudrite, robuste e promettitrici di buoni guadagni.

85. Laonde non è lodevole l’usanza della maggior parte de’ contadini di passare le lunghe sere d’inverno, riunite in numerose brigata, nelle stalle de’ bovi, in ispecie se v’è del letame adunato. Con ciò sia che l’ossigeno ch’è nell’aria della stalla, si consuma più presto, l’acido carbonico si  forma in quantità maggiore, e l’ammoniaca che si svapora dal letame, vi abbonda sì, che tutta l’aria diviene nociva alle funzioni organiche delle bestie e delle persone.

86. Dal tramonto al sorgere del  sole e quando il calore è inferiore di qualche grado a quello richiesto dal momento vegetativo delle piante di una data specie, con le lor parti verdi e, specialmente, con gli organi fogliacei esse assorbono ossigeno ed emettono acido carbonico.

87. Non fa quindi alla nostra salute il trattenersi in tal tempo, nè pur passeggiando, ove sono molte piante in vegetazione, sopratutto nelle ore, in cui si forma la rugiada, nè il conservare nelle stanze da letto mazzolini di fiori, frutta o piante di qualsivoglia specie.

88. Dal fin qui detto è facile conoscere che una casa è salubre, se è bene esposta all’aria e al sole, netta dalle corruzioni degli esseri organici, non troppo lontana nè troppo vicina a piante in vegetazione.

Il cuore della Recherche

Mais c’est quelquefois au moment où tout nous semble perdu que l’avertissement arrive qui peut nous sauver : on a frappé à toutes les portes qui ne donnent sur rien, et la seule par où on peut entrer et qu’on aurait cherchée en vain pendant cent ans, on y heurte sans le savoir et elle s’ouvre.

En roulant les tristes pensées que je disais il y a un instant j’étais entré dans la cour de l’hôtel de Guermantes, et dans ma distraction je n’avais pas vu une voiture qui s’avançait ; au cri du wattman je n’eus que le temps de me ranger vivement de côté, et je reculai assez pour buter malgré moi contre des pavés assez mal équarris derrière lesquels était une remise. Mais au moment où, me remettant d’aplomb, je posai mon pied sur un pavé qui était un peu moins élevé que le précédent, tout mon découragement s’évanouit devant la même félicité qu’à diverses époques de ma vie m’avaient donnée la vue d’arbres que j’avais cru reconnaître dans une promenade en voiture autour de Balbec, la vue des clochers de Martinville, la saveur d’une madeleine trempée dans une infusion, tant d’autres sensations dont j’ai parlé et que les dernières oeuvres de Vinteuil m’avaient paru synthétiser. Comme au moment où je goûtais la madeleine, toute inquiétude sur l’avenir, tout doute intellectuel étaient dissipés. Ceux qui m’assaillaient tout à l’heure au sujet de la réalité de mes dons littéraires, et même de la réalité de la littérature, se trouvaient levés comme par enchantement. Cette fois je me promettais bien de ne pas me résigner à ignorer pourquoi, sans que j’eusse fait aucun raisonnement nouveau, trouvé aucun argument décisif, les difficultés, insolubles tout à l’heure, avaient perdu toute importance, comme je l’avais fait le jour où j’avais goûté d’une madeleine trempée dans une infusion. La félicité que je venais d’éprouver était bien, en effet, la même que celle que j’avais éprouvée en mangeant la madeleine et dont j’avais alors ajourné de rechercher les causes profondes. La différence, purement matérielle, était dans les images évoquées. Un azur profond enivrait mes yeux, des impressions de fraîcheur, d’éblouissante lumière tournoyaient près de moi et, dans mon désir de les saisir, sans oser plus bouger que quand je goûtais la saveur de la madeleine en tâchant de faire parvenir jusqu’à moi ce qu’elle me rappelait, je restais, quitte à faire rire la foule innombrable des wattmen, à tituber comme j’avais fait tout à l’heure, un pied sur le pavé plus élevé, l’autre pied sur le pavé le plus bas. Chaque fois que je refaisais, rien que matériellement, ce même pas, il me restait inutile ; mais si je réussissais, oubliant la matinée Guermantes, à retrouver ce que j’avais senti en posant ainsi mes pieds, de nouveau la vision éblouissante et indistincte me frôlait comme si elle m’avait dit : « Saisis-moi au passage si tu en as la force et tâche à résoudre l’énigme du bonheur que je te propose. » Et presque tout de suite, je le reconnus, c’était Venise, dont mes efforts pour la décrire et les prétendus instantanés pris par ma mémoire ne m’avaient jamais rien dit et que la sensation que j’avais ressentie jadis sur deux dalles inégales du baptistère de Saint-Marc m’avait rendue avec toutes les autres sensations jointes ce jour-là à cette sensation-là, et qui étaient restées dans l’attente, à leur rang, d’où un brusque hasard les avait impérieusement fait sortir, dans la série des jours oubliés. De même le goût de la petite madeleine m’avait rappelé Combray. Mais pourquoi les images de Combray et de Venise m’avaient-elles, à l’un et à l’autre moment, donné une joie pareille à une certitude et suffisante sans autres preuves à me rendre la mort indifférente ? Tout en me le demandant et en étant résolu aujourd’hui à trouver la réponse, j’entrai dans l’hôtel de Guermantes, parce que nous faisons toujours passer avant la besogne intérieure que nous avons à faire le rôle apparent que nous jouons et qui, ce jour-là, était celui d’un invité. Mais arrivé au premier étage, un maître d’hôtel me demanda d’entrer un instant dans un petit salon-bibliothèque attenant au buffet, jusqu’à ce que le morceau qu’on jouait fût achevé, la princesse ayant défendu qu’on ouvrît les portes pendant son exécution. Or, à ce moment même, un second avertissement vint renforcer celui que m’avaient donné les pavés inégaux et m’exhorter à persévérer dans ma tâche. Un domestique, en effet, venait, dans ses efforts infructueux pour ne pas faire de bruit, de cogner une cuiller contre une assiette. Le même genre de félicité que m’avaient donné les dalles inégales m’envahit ; les sensations étaient de grande chaleur encore, mais toutes différentes, mêlées d’une odeur de fumée apaisée par la fraîche odeur d’un cadre forestier ; et je reconnus que ce qui me paraissait si agréable était la même rangée d’arbres que j’avais trouvée ennuyeuse à observer et à décrire, et devant laquelle, débouchant la canette de bière que j’avais dans le wagon, je venais de croire un instant, dans une sorte d’étourdissement, que je me trouvais, tant le bruit identique de la cuiller contre l’assiette m’avait donné, avant que j’eusse eu le temps de me ressaisir, l’illusion du bruit du marteau d’un employé qui avait arrangé quelque chose à une roue de train pendant que nous étions arrêtés devant ce petit bois. Alors on eût dit que les signes qui devaient, ce jour-là, me tirer de mon découragement et me rendre la foi dans les lettres avaient à coeur de se multiplier, car un maître d’hôtel depuis longtemps au service du prince de Guermantes m’ayant reconnu, et m’ayant apporté dans la bibliothèque où j’étais, pour m’éviter d’aller au buffet, un choix de petits fours, un verre d’orangeade, je m’essuyai la bouche avec la serviette qu’il m’avait donnée ; mais aussitôt, comme le personnage des Mille et une Nuits qui, sans le savoir, accomplit précisément le rite qui fait apparaître, visible pour lui seul, un docile génie prêt à le transporter au loin, une nouvelle vision d’azur passa devant mes yeux ; mais il était pur et salin, il se gonfla en mamelles bleuâtres ; l’impression fut si forte que le moment que je vivais me sembla être le moment actuel, plus hébété que le jour où je me demandais si j’allais vraiment être accueilli par la princesse de Guermantes ou si tout n’allait pas s’effondrer, je croyais que le domestique venait d’ouvrir la fenêtre sur la plage et que tout m’invitait à descendre me promener le long de la digue à marée haute ; la serviette que j’avais prise pour m’essuyer la bouche avait précisément le genre de raideur et d’empesé de celle avec laquelle j’avais eu tant de peine à me sécher devant la fenêtre, le premier jour de mon arrivée à Balbec, et maintenant, devant cette bibliothèque de l’hôtel de Guermantes, elle déployait, réparti dans ses plis et dans ses cassures, le plumage d’un océan vert et bleu comme la queue d’un paon. Et je ne jouissais pas que de ces couleurs, mais de tout un instant de ma vie qui les soulevait, qui avait été sans doute aspiration vers elles, dont quelque sentiment de fatigue ou de tristesse m’avait peut-être empêché de jouir à Balbec, et qui maintenant, débarrassé de ce qu’il y a d’imparfait dans la perception extérieure, pur et désincarné, me gonflait d’allégresse. Le morceau qu’on jouait pouvait finir d’un moment à l’autre et je pouvais être obligé d’entrer au salon. Aussi je m’efforçais de tâcher de voir clair le plus vite possible dans la nature des plaisirs identiques que je venais, par trois fois en quelques minutes, de ressentir, et ensuite de dégager l’enseignement que je devais en tirer. Sur l’extrême différence qu’il y a entre l’impression vraie que nous avons eue d’une chose et l’impression factice que nous nous en donnons quand volontairement nous essayons de nous la représenter, je ne m’arrêtais pas ; me rappelant trop avec quelle indifférence relative Swann avait pu parler autrefois des jours où il était aimé, parce que sous cette phrase il voyait autre chose qu’eux, et de la douleur subite que lui avait causée la petite phrase de Vinteuil en lui rendant ces jours eux-mêmes tels qu’il les avait jadis sentis, je comprenais trop que ce que la sensation des dalles inégales, la raideur de la serviette, le goût de la madeleine avaient réveillé en moi, n’avait aucun rapport avec ce que je cherchais souvent à me rappeler de Venise, de Balbec, de Combray, à l’aide d’une mémoire uniforme ; et je comprenais que la vie pût être jugée médiocre, bien qu’à certains moments elle parût si belle, parce que dans le premier cas c’est sur tout autre chose qu’elle-même, sur des images qui ne gardent rien d’elle qu’on la juge et qu’on la déprécie. Tout au plus notais-je accessoirement que la différence qu’il y a entre chacune des impressions réelles – différences qui expliquent qu’une peinture uniforme de la vie ne puisse être ressemblante – tenait probablement à cette cause : que la moindre parole que nous avons dite à une époque de notre vie, le geste le plus insignifiant que nous avons fait était entouré, portait sur lui le reflet des choses qui logiquement ne tenaient pas à lui, en ont été séparées par l’intelligence, qui n’avait rien à faire d’elles pour les besoins du raisonnement, mais au milieu desquelles – ici reflet rose du soir sur le mur fleuri d’un restaurant champêtre, sensation de faim, désir des femmes, plaisir du luxe ; là volutes bleues de la mer matinale enveloppant des phrases musicales qui en émergent partiellement comme les épaules des ondines – le geste, l’acte le plus simple reste enfermé comme dans mille vases clos dont chacun serait rempli de choses d’une couleur, d’une odeur, d’une température absolument différentes ; sans compter que ces vases, disposés sur toute la hauteur de nos années pendant lesquelles nous n’avons cessé de changer, fût-ce seulement de rêve et de pensée, sont situés à des altitudes bien diverses, et nous donnent la sensation d’atmosphères singulièrement variées. Il est vrai que, ces changements, nous les avons accomplis insensiblement ; mais entre le souvenir qui nous revient brusquement et notre état actuel, de même qu’entre deux souvenirs d’années, de lieux, d’heures différentes, la distance est telle que cela suffirait, en dehors même d’une originalité spécifique, à les rendre incomparables les uns aux autres. Oui, si le souvenir, grâce à l’oubli, n’a pu contracter aucun lien, jeter aucun chaînon entre lui et la minute présente, s’il est resté à sa place, à sa date, s’il a gardé ses distances, son isolement dans le creux d’une vallée ou à la pointe d’un sommet ; il nous fait tout à coup respirer un air nouveau, précisément parce que c’est un air qu’on a respiré autrefois, cet air plus pur que les poètes ont vainement essayé de faire régner dans le Paradis et qui ne pourrait donner cette sensation profonde de renouvellement que s’il avait été respiré déjà, car les vrais paradis sont les paradis qu’on a perdus. Et, au passage, je remarquais qu’il y aurait dans l’oeuvre d’art que je me sentais prêt déjà, sans m’y être consciemment résolu, à entreprendre, de grandes difficultés. Car j’en devrais exécuter les parties successives dans une matière en quelque sorte différente. Elle serait bien différente, celle qui conviendrait aux souvenirs de matins au bord de la mer, de celle d’après-midi à Venise, une matière distincte, nouvelle, d’une transparence, d’une sonorité spéciale, compacte, fraîchissante et rose, et différente encore si je voulais décrire les soirs de Rivebelle où, dans la salle à manger ouverte sur le jardin, la chaleur commençait à se décomposer, à retomber, à se déposer, où une dernière lueur éclairait encore les roses sur les murs du restaurant tandis que les dernières aquarelles du jour étaient encore visibles au ciel. Je glissais rapidement sur tout cela, plus impérieusement sollicité que j’étais de chercher la cause de cette félicité, du caractère de certitude avec lequel elle s’imposait, recherche ajournée autrefois. Or, cette cause, je la devinais en comparant entre elles ces diverses impressions bienheureuses et qui avaient entre elles ceci de commun que je les éprouvais à la fois dans le moment actuel et dans un moment éloigné où le bruit de la cuiller sur l’assiette, l’inégalité des dalles, le goût de la madeleine allaient jusqu’à faire empiéter le passé sur le présent, à me faire hésiter à savoir dans lequel des deux je me trouvais ; au vrai, l’être qui alors goûtait en moi cette impression la goûtait en ce qu’elle avait de commun dans un jour ancien et maintenant, dans ce qu’elle avait d’extra-temporel, un être qui n’apparaissait que quand, par une de ces identités entre le présent et le passé, il pouvait se trouver dans le seul milieu où il pût vivre, jouir de l’essence des choses, c’est-à-dire en dehors du temps. Cela expliquait que mes inquiétudes au sujet de ma mort eussent cessé au moment où j’avais reconnu, inconsciemment, le goût de la petite madeleine, puisqu’à ce moment-là l’être que j’avais été était un être extra-temporel, par conséquent insoucieux des vicissitudes de l’avenir. Cet être-là n’était jamais venu à moi, ne s’était jamais manifesté qu’en dehors de l’action, de la jouissance immédiate, chaque fois que le miracle d’une analogie m’avait fait échapper au présent. Seul il avait le pouvoir de me faire retrouver les jours anciens, le Temps Perdu, devant quoi les efforts de ma mémoire et de mon intelligence échouaient toujours.

Et peut-être, si tout à l’heure je trouvais que Bergotte avait jadis dit faux en parlant des joies de la vie spirituelle, c’était parce que j’appelais vie spirituelle, à ce moment-là, des raisonnements logiques qui étaient sans rapport avec elle, avec ce qui existait en moi à ce moment – exactement comme j’avais pu trouver le monde et la vie ennuyeux parce que je les jugeais d’après des souvenirs sans vérité, alors que j’avais un tel appétit de vivre, maintenant que venait de renaître en moi, à trois reprises, un véritable moment du passé.

Rien qu’un moment du passé ? Beaucoup plus, peut-être ; quelque chose qui, commun à la fois au passé et au présent, est beaucoup plus essentiel qu’eux deux.

Tant de fois, au cours de ma vie, la réalité m’avait déçu parce que, au moment où je la percevais, mon imagination, qui était mon seul organe pour jouir de la beauté, ne pouvait s’appliquer à elle, en vertu de la loi inévitable qui veut qu’on ne puisse imaginer que ce qui est absent. Et voici que soudain l’effet de cette dure loi s’était trouvé neutralisé, suspendu, par un expédient merveilleux de la nature, qui avait fait miroiter une sensation – bruit de la fourchette et du marteau, même inégalité de pavés – à la fois dans le passé, ce qui permettait à mon imagination de la goûter, et dans le présent où l’ébranlement effectif de mes sens par le bruit, le contact avait ajouté aux rêves de l’imagination ce dont ils sont habituellement dépourvus, l’idée d’existence et, grâce à ce subterfuge, avait permis à mon être d’obtenir, d’isoler, d’immobiliser – la durée d’un éclair – ce qu’il n’appréhende jamais : un peu de temps à l’état pur. L’être qui était rené en moi quand, avec un tel frémissement de bonheur, j’avais entendu le bruit commun à la fois à la cuiller qui touche l’assiette et au marteau qui frappe sur la roue, à l’inégalité pour les pas des pavés de la cour Guermantes et du baptistère de Saint-Marc, cet être-là ne se nourrit que de l’essence des choses, en elles seulement il trouve sa subsistance, ses délices. Il languit dans l’observation du présent où les sens ne peuvent la lui apporter, dans la considération d’un passé que l’intelligence lui dessèche, dans l’attente d’un avenir que la volonté construit avec des fragments du présent et du passé auxquels elle retire encore de leur réalité, ne conservant d’eux que ce qui convient à la fin utilitaire, étroitement humaine, qu’elle leur assigne. Mais qu’un bruit déjà entendu, qu’une odeur respirée jadis, le soient de nouveau, à la fois dans le présent et dans le passé, réels sans être actuels, idéaux sans être abstraits, aussitôt l’essence permanente et habituellement cachée des choses se trouve libérée et notre vrai moi qui, parfois depuis longtemps, semblait mort, mais ne l’était pas autrement, s’éveille, s’anime en recevant la céleste nourriture qui lui est apportée. Une minute affranchie de l’ordre du temps a recréé en nous pour la sentir l’homme affranchi de l’ordre du temps. Et celui-là on comprend qu’il soit confiant dans sa joie, même si le simple goût d’une madeleine ne semble pas contenir logiquement les raisons de cette joie, on comprend que le mot de « mort » n’ait pas de sens pour lui ; situé hors du temps, que pourrait-il craindre de l’avenir ? Mais ce trompe-l’oeil qui mettait près de moi un moment du passé, incompatible avec le présent, ce trompe-l’oeil ne durait pas. Certes, on peut prolonger les spectacles de la mémoire volontaire, qui n’engage pas plus de forces de nous-même que feuilleter un livre d’images. Ainsi jadis, par exemple, le jour où je devais aller pour la première fois chez la princesse de Guermantes, de la cour ensoleillée de notre maison de Paris j’avais paresseusement regardé, à mon choix, tantôt la place de l’Église à Combray, ou la plage de Balbec, comme j’aurais illustré le jour qu’il faisait en feuilletant un cahier d’aquarelles prises dans les divers lieux où j’avais été et où, avec un plaisir égoïste de collectionneur, je m’étais dit, en cataloguant ainsi les illustrations de ma mémoire : « J’ai tout de même vu de belles choses dans ma vie. » Alors ma mémoire affirmait sans doute la différence des sensations, mais elle ne faisait que combiner entre eux des éléments homogènes. Il n’en avait plus été de même dans les trois souvenirs que je venais d’avoir et où, au lieu de me faire une idée plus flatteuse de mon moi, j’avais, au contraire, presque douté de la réalité actuelle de ce moi. De même que le jour où j’avais trempé la madeleine dans l’infusion chaude, au sein de l’endroit où je me trouvais (que cet endroit fût, comme ce jour-là, ma chambre de Paris, ou, comme aujourd’hui en ce moment, la bibliothèque du prince de Guermantes, un peu avant la cour de son hôtel), il y avait eu en moi, irradiant d’une petite zone autour de moi, une sensation (goût de la madeleine trempée, bruit métallique, sensation de pas inégaux) qui était commune à cet endroit (où je me trouvais) et aussi à un autre endroit (chambre de ma tante Léonie, wagon de chemin de fer, baptistère de Saint-Marc). Au moment où je raisonnais ainsi, le bruit strident d’une conduite d’eau, tout à fait pareil à ces longs cris que parfois l’été les navires de plaisance faisaient entendre le soir au large de Balbec, me fit éprouver (comme me l’avait déjà fait une fois à Paris, dans un grand restaurant, la vue d’une luxueuse salle à manger à demi vide, estivale et chaude) bien plus qu’une sensation simplement analogue à celle que j’avais à la fin de l’après-midi, à Balbec, quand, toutes les tables étant déjà couvertes de leur nappe et de leur argenterie, les vastes baies vitrées restant ouvertes tout en grand sur la digue, sans un seul intervalle, un seul « plein » de verre ou de pierre, tandis que le soleil descendait lentement sur la mer où commençaient à errer les navires, je n’avais, pour rejoindre Albertine et ses amies qui se promenaient sur la digue, qu’à enjamber le cadre de bois à peine plus haut que ma cheville, dans la charnière duquel on avait fait pour l’aération de l’hôtel glisser toutes ensemble les vitres qui se continuaient.

 

A la recherche du temps perdu, VII – Le Temps Retrouvé. Matinée chez la princesse de Guermantes.

I 100 libri del Novecento secondo Le Monde (1999)

N. Titolo Autore Anno
1 Lo straniero                                         Albert Camus 1942
2 Alla ricerca del tempo perduto Marcel Proust 1913–1927
3 Il processo Franz Kafka 1925
4 Il piccolo principe Antoine de Saint-Exupéry 1943
5 La condizione umana André Malraux 1933
6 Viaggio al termine della notte Louis-Ferdinand Céline 1932
7 Furore John Steinbeck 1939
8 Per chi suona la campana Ernest Hemingway 1940
9 Il grande Meaulnes Alain-Fournier 1913
10 La schiuma dei giorni Boris Vian 1947
11 Il secondo sesso Simone de Beauvoir 1949
12 Aspettando Godot Samuel Beckett 1952
13 L’essere e il nulla Jean-Paul Sartre 1943
14 Il nome della rosa Umberto Eco 1980
15 Arcipelago Gulag Aleksandr Solženicyn 1973
16 Paroles Jacques Prévert 1946
17 Alcools Guillaume Apollinaire 1913
18 Il Loto Blu Hergé 1936
19 Diario Anne Frank 1947
20 Tristi tropici Claude Lévi-Strauss 1955
21 Il mondo nuovo Aldous Huxley 1932
22 1984 George Orwell 1949
23 Asterix il gallico René Goscinny e Albert Uderzo 1959
24 La cantatrice calva Eugène Ionesco 1952
25 Tre saggi sulla teoria sessuale Sigmund Freud 1905
26 L’opera al nero Marguerite Yourcenar 1968
27 Lolita Vladimir Nabokov 1955
28 Ulisse James Joyce 1922
29 Il deserto dei Tartari Dino Buzzati 
1940
30 I falsari André Gide 1925
31 L’ussaro sul tetto Jean Giono 1951
32 Bella del Signore Albert Cohen 1968
33 Cent’anni di solitudine Gabriel García Márquez 1967
34 L’urlo e il furore William Faulkner 1929
35 Thérèse Desqueyroux François Mauriac 1927
36 Zazie nel metro Raymond Queneau 1959
37 Sovvertimento dei sensi Stefan Zweig 1927
38 Via col vento Margaret Mitchell 1936
39 L’amante di Lady Chatterley D. H. Lawrence 1928
40 La montagna incantata
Thomas Mann 
1924
41 Bonjour tristesse Françoise Sagan 1954
42 Il silenzio del mare Vercors 1942
43 La vita, istruzioni per l’uso Georges Perec 1978
44 Il mastino dei Baskerville Arthur Conan Doyle 1901–1902
45 Sotto il sole di Satana Georges Bernanos 1926
46 Il grande Gatsby F. Scott Fitzgerald 1925
47 Lo scherzo Milan Kundera 1967
48 Il disprezzo Alberto Moravia 
1954
49 L’assassinio di Roger Ackroyd
Agatha Christie 1926
50 Nadja André Breton 1928
51 Aurélien Louis Aragon 1944
52 Le Soulier de satin Paul Claudel 1929
53 Sei personaggi in cerca d’autore Luigi Pirandello 1921
54 La resistibile ascesa di Arturo Ui Bertolt Brecht 1959
55 Venerdì o il limbo del Pacifico Michel Tournier 1967
56 La guerra dei mondi H. G. Wells 1898
57 Se questo è un uomo Primo Levi 1947
58 Il Signore degli Anelli J. R. R. Tolkien 1954–1955
59 Viticci Colette 1908
60 Capitale de la douleur Paul Éluard 1926
61 Martin Eden Jack London 1909
62 Una ballata del mare salato Hugo Pratt 1967
63 Il grado zero della scrittura Roland Barthes 1953
64 L’onore perduto di Katharina Blum Heinrich Böll 1974
65 La riva delle Sirti Julien Gracq 1951
66 Le parole e le cose Michel Foucault 1966
67 Sulla strada Jack Kerouac 1957
68 Il viaggio meraviglioso di Nils Holgersson Selma Lagerlöf 1906–1907
69 Una stanza tutta per sé Virginia Woolf 1929
70 Cronache marziane Ray Bradbury 1950
71 Il rapimento di Lol V. Stein Marguerite Duras 1964
72 Il verbale J. M. G. Le Clézio 1963
73 Tropisme Nathalie Sarraute 1939
74 Diario Jules Renard 1925
75 Lord Jim Joseph Conrad 1900
76 Scritti Jacques Lacan 1966
77 Il teatro e il suo doppio Antonin Artaud 1938
78 Manhattan Transfer John Dos Passos 
1925
79 Finzioni Jorge Luis Borges 1944
80 Moravagine Blaise Cendrars 1926
81 Il generale dell’armata morta Ismail Kadare 1963
82 La scelta di Sophie William Styron 1979
83 Romancero gitano Federico García Lorca 1928
84 Pietro il Lettone Georges Simenon 1931
85 Notre Dame des Fleurs Jean Genet 1944
86 L’uomo senza qualità Robert Musil 1930–1932
87 Fureur et mystère René Char 1948
88 Il giovane Holden J. D. Salinger 1951
89 Niente orchidee per miss Blandish James Hadley Chase 1939
90 Blake e Mortimer Edgar P. Jacobs 1950
91 I quaderni di Malte Laurids Brigge Rainer Maria Rilke 1910
92 La modificazione Michel Butor 1957
93 Le origini del totalitarismo Hannah Arendt 1951
94 Il maestro e Margherita Michail Afanas’evič Bulgakov 1967
95 Crocifissione in Rosa Henry Miller 1949–1960
96 Il grande sonno Raymond Chandler 1939
97 Amers Saint-John Perse 1957
98 Gaston André Franquin 1957
99 Sotto il vulcano Malcolm Lowry 1947
100 I figli della mezzanotte Salman Rushdie 1981

Alla primavera

Giovanna Bemporad (1928–2013).

 

Nelle mie vene, un tempo ebbre di vita,
batte con ritmo languido il risveglio
di primavera, e accende il sentimento
in chi non vuole più se non amare
la cecità del pianto. Lunga o breve
tragica è questa favola che bella
sembrava al tempo in cui l’ineluttabile
certezza non aveva ancora offeso
l’ingenuità dei nostri cuori, illusi
di essere eterni. Eppure mi sorprendo
talvolta a intenerirmi quando un giglio
spunta a piè d’una quercia, o nel giardino
il mandorlo è fiorito. E una dolcezza
di memorie distende il mio dolore,
già creduto incurabile, in un riso.
Poi, quando il giorno muore nella notte,
si fa nera ogni cosa, accoglie e fonde
l’anima curva sotto il suo destino
questo fluire in lei di tante vite.

 

 

Paesaggio

Giovanna Bemporad (1928–2013).

 

L’immagine di un’acqua fresca e viva
domina la mia sete. Non più gaie
rincorse, non più giochi strepitosi
sotto altissimi cieli.

.                                Ma sul greto
le donne ancora lavano le vesti
(e ne riflette i gesti l’acqua chiara
come uno specchio); con movenze liete
vanno ragazze a stenderle cantando.

Tutto fa ch’io ritorni come allora
quando era dolce abbandonarsi al riso
con leggerezza estrema, e non la smania
di comporre l’ignoto in forma certa
l’ingenuità del cuore aveva offeso.